Libreville Derrière le formalisme feutré du communiqué final du Conseil des ministres se cache une décision qui fait déjà grincer bien des dents dans les cercles politiques. Aurélien Mintsa Mi-Nguema, frère du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, a été nommé ambassadeur du Gabon en Inde. Une affectation diplomatique prestigieuse sur le papier, mais dont la portée politique intrigue.
Longtemps resté sans fonction officielle depuis son éviction de la Direction générale du Budget et des Comptes publics pendant la transition, l’intéressé n’avait pourtant jamais vraiment quitté les coulisses du pouvoir. À Libreville, son influence supposée lui avait même valu un surnom révélateur : « le demi-président ». Un titre officieux qui en disait long sur son poids dans l’ombre.
Très actif dans le tissu associatif et réputé proche des cercles décisionnels, il est présenté comme l’un des cerveaux du mouvement La Pensée patriotique et figure parmi les cadres influents de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti présidentiel. Dans les conversations politiques, son nom revenait régulièrement lorsqu’il s’agissait d’expliquer certaines nominations stratégiques… ou certaines disgrâces spectaculaires, sans qu’aucune preuve formelle ne vienne étayer ces soupçons persistants.
Son départ pour New Delhi ressemble donc, pour certains observateurs, moins à une récompense qu’à un élégant éloignement. Une manière diplomatique de desserrer l’étau des influences familiales au sommet de l’État, à l’heure où le président tente de consolider son autorité et de redessiner les équilibres internes du régime.
Cette décision intervient d’ailleurs dans un contexte de remaniements sensibles, marqué notamment par le limogeage de Henri Claude Oyima, ancien ministre de l’Économie et des Finances réputé proche du chef de l’État. Deux mouvements concomitants qui alimentent l’idée d’un ménage stratégique au cœur du pouvoir.
Promotion diplomatique ou mise à distance calculée ? À défaut de réponse officielle, la nomination d’Aurélien Mintsa Mi-Nguema confirme une chose : au sommet de l’État gabonais, la politique reste d’abord un subtil jeu d’équilibres… et parfois d’éloignements.
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