un ancien secrétaire général au cœur d’un réseau de faux titres fonciers, une veuve woleu-ntemoise menacée d’expulsion par un Algérien

Au Gabon, la question foncière continue de révéler ses zones d’ombre. À Akanda, une veuve et ses enfants vivent depuis plusieurs mois un véritable cauchemar administratif. Leur maison, bâtie après vingt années de sacrifices, pourrait leur être retirée sur la base d’un titre foncier que les autorités techniques elles-mêmes jugent inexistant.

Tout commence en 2007. La famille Ngounda acquiert légalement une parcelle. Les documents sont établis, les travaux engagés. Au fil des années, la maison sort de terre, les enfants grandissent, les souvenirs s’accumulent. Pour cette famille gabonaise modeste, ce terrain 

représente bien plus qu’un investissement : c’est le fruit d’une vie entière d’efforts.

Mais en 2021, quelques mois seulement après le décès du mari, la situation bascule brutalement. Un couple étranger, se présentant comme représentants d’une société civile immobilière, affirme être propriétaire du terrain grâce à un titre foncier établi la même année. Sans notification préalable, ils se présentent sur les lieux escortés de policiers, interrompent les travaux et font conduire la veuve au commissariat. Sur place, on lui annonce froidement : « Le terrain n’est plus à vous ». Aucune audience. Aucun débat contradictoire.

Très vite, les incohérences apparaissent. Saisie du dossier, l’Agence Nationale de l’Urbanisme des Travaux Topographiques et du Cadastre indique qu’aucun titre foncier officiel n’est enregistré pour cette parcelle dans sa base de données. Le document brandi par les nouveaux prétendants serait donc un faux. Un « titre fantôme » utilisé pour justifier l’expropriation d’une famille bien réelle.

Les contradictions s’accumulent au fil de l’enquête. Les acheteurs présumés évoquent tour à tour deux cédants différents. Une renonciation apparaît au nom d’un tiers sans lien clair avec la transaction. Tantôt ils affirment avoir acheté auprès d’un ancien ambassadeur du Gabon en France, introuvable, tantôt ils se présentent comme simples mandataires d’une SCI. Les versions changent, les dates varient, les explications se contredisent.

Plus grave encore, la veuve Ngounda pointe du doigt l’existence d’un réseau informel au cœur même de l’administration foncière. Selon ses accusations, un ancien secrétaire général de l’Habitat, aujourd’hui retraité, conserverait les cachets et tampons officiels d’un ex-directeur général de la COFEC, un ressortissant français qui aurait quitté le pays pour regagner la France. Ces outils administratifs serviraient à monter des dossiers antidatés et à fabriquer de faux actes au profit d’acquéreurs étrangers, moyennant environ cinq millions de francs CFA par terrain, au détriment de nationaux démunis. Si ces faits étaient avérés, ils révéleraient un système de fraude particulièrement structuré, capable de produire des documents officiels en apparence authentiques pour déposséder des familles entières de leurs biens.

Pendant ce temps, le dossier suit son cours judiciaire. Mais la veuve affirme, avec ses enfants, n’avoir été convoquée à aucune audience décisive concernant leur propre maison. Des décisions seraient prises sans qu’ils puissent se défendre. Une situation qui interroge sur la transparence des procédures et l’accès équitable à la justice. Aujourd’hui, cette famille vit dans l’angoisse permanente de  

l’expulsion. Vingt ans de travail pourraient disparaître à cause de simples papiers. Car derrière les tampons, les signatures et les titres, il y a une réalité humaine : une mère, des enfants, un foyer. Au Gabon, certains bâtissent leurs maisons avec du ciment et de la sueur. D’autres semblent pouvoir les effacer avec un simple dossier administratif. Et pour la veuve Ngounda, ce n’est pas une fiction. C’est son quotidien.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.