Trop tard pour les victimes : Minvoul découvre enfin le code de la route

Publié le 2 février 2026 à 15:31

Il aura fallu un drame de plus pour provoquer une réaction officielle.

Vendredi dernier, Minvoul s’est une nouvelle fois réveillée dans la stupeur. Une collision frontale entre deux motos a coûté la vie à trois personnes et fait plusieurs blessés graves. Trois morts de plus sur une liste déjà trop longue. Trois noms qui viennent s’ajouter à ces statistiques locales que l’on ne comptabilise presque plus, tant les accidents de motos se sont installés dans le quotidien.

Dans la foulée, le préfet du département du Haut-Ntem, Timothée Malemba, a signé une note ferme : interdiction conservatoire de circulation de toutes les motos pour une durée de trois mois, à l’exception des conducteurs détenteurs d’un permis de conduire et d’une assurance. Les brigades de gendarmerie sont chargées de faire appliquer strictement la mesure.

Sur le papier, la décision paraît salutaire. Elle répond à une urgence évidente : rétablir l’ordre sur des routes devenues incontrôlables. Mais sur le terrain, une question persiste, tenace : pourquoi avoir attendu autant de drames pour agir ?

Car à Minvoul, l’anarchie routière n’est ni récente ni méconnue. Depuis des années, les motos circulent sans encadrement réel. Conducteurs sans permis, engins non immatriculés, absence d’assurance, surcharge de passagers, méconnaissance totale du Code de la route : cette réalité est visible à chaque carrefour, à chaque entrée de quartier. Elle ne relevait pas de l’exception, mais de la norme.

Peu à peu, ces deux-roues sont devenus des taxis improvisés, le principal moyen de transport local, évoluant dans un vide réglementaire quasi complet. Une économie informelle tolérée, sinon encouragée par l’inaction.

Et c’est précisément là que le bât blesse.

Comment expliquer que des règles élémentaires  permis, assurance, contrôle technique  n’aient pas été exigées plus tôt ? Comment comprendre que les autorités locales aient laissé prospérer une situation aussi dangereuse, alors même que les accidents mortels s’accumulaient année après année ?

Aujourd’hui, l’administration parle de fermeté. Hier, elle pratiquait le silence.

Cette interdiction temporaire, aussi nécessaire soit-elle, sonne comme un rattrapage tardif, presque comme un aveu d’échec. Car une mesure d’urgence ne remplace pas une politique de prévention. Elle ne ressuscite pas les victimes.

Pour de nombreuses familles endeuillées, la décision arrive trop tard. Trop tard pour ceux qui sont tombés sur le bitume. Trop tard pour ces jeunes vies fauchées par l’imprudence, mais aussi par l’absence prolongée de contrôle et d’encadrement.

Au fond, la tragédie de Minvoul dépasse la simple question des motos. Elle interroge la responsabilité publique. Gouverner, ce n’est pas seulement réagir après le choc. C’est anticiper, réglementer, prévenir.

Car lorsqu’un problème est connu de tous mais traité par personne, il cesse d’être un accident. Il devient une négligence collective.

Et à Minvoul, cette négligence se paie désormais au prix fort : celui des vies humaines.


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